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29/11/2007

Le Talon de fer

Ce qui traîne, brûle, crie dans l’actualité sociale et politique me donne l’envie de relire Le Talon de fer de Jack London.

Par manque de temps je ne peux qu’emprunter ce qu’en ditMyosotis :

London est, tout simplement, le plus grand auteur de science-fiction à caractère politique qui ait jamais écrit au XIXe. Dans le Talon de Fer, London imagine qu’une révolution socialiste éclate aux Etats-Unis et est sévèrement réprimée par les conservateurs.
Des Communes se forment à Chicago et ailleurs, des traîtres ont infiltré le mouvement ouvrier, des “jaunes” se vendent contre des positions dans la nouvelle société, des hommes périssent, des têtes tombent, des gens s’aiment.
Le Talon de Fer marque l’apposition d’un joug infâme sur le monde et l’affirmation sans conteste de la domination bourgeoise. Cette domination qui passe par le contrôle de la presse, le contrôle de la mémoire collective et du récit historique des évènements est décrite avec des raffinements qui rappellent Orwell.
London nappe le tout d’une histoire d’amour inter-classes à faire se pâmer les amoureux du “Titanic” de Cameron. Néanmoins, alors qu’Orwell dénonçait en creux et en avance les totalitarismes (Staline et là on simplifie), London est déjà cinquante ans plus loin.
Dans une dernière interview, London déclarait :
“Vous pouvez vous demander pourquoi je suis pessimiste ; je me le demande souvent moi-même. Je possède la chose la plus précieuse au monde : l’amour d’une femme ; j’ai de beaux enfants, j’ai beaucoup d’argent ; j’ai du succès comme écrivain; j’ai beaucoup d’hommes qui travaillent pour moi (…) Je vois les choses sans passion, scientifiquement, et tout m’apparaît le plus souvent sans espoir. Après de longues années de travail et de croissance, les gens sont plus mal à l’aise que jamais. Il y a une puissante classe dominante qui a l’intention de consolider ses possessions. Je vois des années d’effusions sanglantes. Je vois la classe dirigeante qui engage des armées de meurtriers pour maintenir les travailleurs sous sa domination, pour les vaincre s’ils tentaient de déposséder les capitalistes. C’est pourquoi je suis pessimiste. Je vois les choses à la clarté de l’Histoire et des lois de la nature.”
Myosotis
***

La conclusion de DEB : les talonnettes de fer, ce n’est pas mal non plus…

 

28/11/2007

Todd 2005, prénom Olivier

Le regard des vieillards est extraordinaire : il semble voir quelque chose d’effrayant dont ils ne parlent pas ; c’est leur secret, leur marque de fabrique.

J’ai vu ce regard-là chez Francis Jeanson aussi. Un regard d’au-delà, comme s’il observait l’indicible, un quelque chose que les mots ne peuvent dire.
Plusieurs fois Olivier Todd s’inquiète de ma sollicitude : « Mais enfin, j’ai l’air aussi vieux que cela ? »
Il est un peu sourd. Il le cache, mais cela se remarque assez vite. Ses yeux se perdent en l’air : comment ? comment ?
Difficile d’être dans l’intime quand il faut hausser le ton.

A cet entretien qu’il m’accorde pour parler de Sartre il arrive ces mots-là, exactement ceux-là: « Je n’ai rien à dire sur Sartre. »
Il a pourtant fait plusieurs livres sur Sartre.


Nous serons face à face un long moment, muets.
Jusqu’à ce que je lâche, avec colère : « De quoi parle-t-on quand on n'a rien à dire ?»

Ensuite, je m’écarterai de lui. Il ne comprendra rien. J’aurai fait toutes les avances, tenté toutes les complicités. En vain. Mais j’aime ça ; je retrouve alors ma liberté, mon sens critique.
Tant pis pour toi mon vieil Olivier, j’ai failli t’aimer, t’as rien compris, tant pis pour ta gueule ! Comme ça je vais pouvoir raconter tes menus snobismes, ton tee shirt, n’est-ce pas, acheté à Los Angeles, ta tache de sang sur le revers de ta veste, tes absences de mémoire.

Tu es tombé dans le piège mon vieux Todd, j’ai vingt ans d’avance sur toi, vingt ans avant de devenir comme toi, vingt ans au pire pour ne pas rencontrer quelqu’un comme moi.

Tu n’es pas gentil, tu n’as pas la générosité dont Sartre t’a donné l’exemple, tu as trop peur de mourir, toi.

Tu penses trop à toi, encore.


 

27/11/2007

Café Concorde, 1985

J’ai regardé cet homme, là, au milieu du café, la poitrine de son imperméable était constellée de médailles.
D’un étui, il a sorti un drapeau.
Ma première réaction intérieure a été la révolte ou le mépris, peut-être les deux mêlés, je ne sais pas.
Puis j’ai senti aussitôt le poids de la vie de cet homme qui avait dû combattre, voir la mort plusieurs fois peut-être, qui avait connu la guerre, la peur et qui n’avait plus que ça, ses médailles, ce drapeau, dans ce café de 1985.
Un bout de tissu, des ferrailles et des rubans.
Toute une symbolique pour moi, inconnue.


Plus tard j’ai pensé que cette propension à sentir la vie des autres, cette tendance à trop comprendre était peut-être un signe de renoncement, de faiblesse, de clore encore un peu plus le monde clos. J’ai pensé que je devenais spectateur et que je devais commencer à accepter ces règles absurdes sur la guerre, l’honneur etc., puisque, d’une certaine manière, je les respectais.


L’homme a mis de travers la ceinture de cuir qui servait de porte-drapeau, s’est tourné vers moi, m’a dit quelques mots pour m’expliquer qu’il s’y prenait mal : il se regardait dans la grande glace qui est derrière moi. Il se tenait au-dessus de ma table, peut-être pouvait-il lire ce que je commençais d’écrire sur lui.

Puis il est parti : un défilé.

.

 

26/11/2007

Voltaire, again...

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25/11/2007

Nue et triste dans sa gaieté de petit porc

Il est vrai qu’on n’imagine pas Blanchot (mais pas davantage Sartre, Camus, Foucault, Derrida, Lacan) se laissant aller à écrire : «  J’imagine une jolie putain, élégante, nue et triste dans sa gaieté de petit porc. »

Philippe Sollers

Rien ne me réjouit davantage qu’une petite phrase de cette sorte.

Et ces quelques mots surtout, ces quelques mots : nue et triste dans sa gaiété de petit porc.

Je pourrais en avoir les larmes aux yeux.


 

24/11/2007

Pub & Université

Ceci que je soumets à Valérie Pécresse qui veut faire entrer l’entreprise dans l’Université :

“L’Entreprise fera de l’Université
ce que la publicité a fait
de la télévision.”

A votre avis ?


22/11/2007

Mots-maux

Je suis, et serai, je crois, toujours méfiant envers certains mots.
Par exemple : lâcheté, honneur, sabotage, mépris, courage etc.

Je vois bien qu’ils ressurgissent ici et là. Je les considère d’un œil inquiet, à chaque fois. Je sais qu’ils peuvent être l’expression d’une humeur, d’une mauvaise humeur, peut-être même passagère. Il n’empêche, ils sont pour moi, souvent d’une mauvaise mémoire. Mauvaise.

Si j’allais jusqu’à ma bibliothèque, je retrouverais, assez vite je pense, une littérature qui a abusé de ces mots-là, ces maux terribles qui ne me semblent venir que de la haine. Ne sont-ils pas chez Léon Bloy, chez Barrès, chez d’autres dont je n’ai pas envie, ici, de répéter le nom ? Ils sont, aussi, ailleurs, chez d’autres.
La notion de courage chez Sartre, ou Camus est-elle la même que chez Barrès (puisque je viens de le citer) ?

Je note que les glissements sémantiques peuvent brouiller la langue jusqu’à la rendre incompréhensible. Que serait donc une grève qui ne gênerait personne, ne coûterait rien ?

Je lis sur un fax reçu aujourd’hui même que le mot grève est remplacé par blocage. « Ce droit de blocage que s’octroient quelques catégories privilégiées » est-il écrit sur ce fax qui, plus loin, évoque des « bloqueurs sans états d’âmes. » Ils sont si riches ces bloqueurs qu’ils ont plusieurs âmes…

Voilà bien encore l’inquiétude dont il est question au début de ce billet : ces bloqueurs, en réalité, malgré le pluriel, n’auraient pas d’âme.

En somme, ce seraient des monstres.

Grévistes = monstres.

N’est-ce pas ainsi qu’il faut le comprendre ?

 

21/11/2007

Hystérie du verbe

Les faits sont cet os que les imbéciles, comme les chiens, ne veulent pas lâcher.

Montrer, dans la connaissance populaire veut dire : ne pas cacher. Donc, Nicolas Sarkozy parle. Il parle beaucoup, longtemps. On pourrait même dire qu'il est atteint de logorhée. Cette logorhée qui a - mais qui s'en est encore avisé ? - pour effet de dissimuler. C'est bien là le paradoxe : parler est la plus habile façon de se taire.

Cette hystérie du verbe, nous la connaissons : la littérature américaine, entre autres, nous l'a révélée. Elle est ici. Elle encombre le silence.

L'ennemi, l'ennemi absolu c'est le silence.

Mon frère Amérindien

 

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Son nom, son nom indien, son nom Wayampi ou Oyampi je l'ai oublié. Et je ne suis pas sûr de son nom américain : Witman. En français il s'appelait Paulo. Il était Français. Français d'Amazonie.
Guyanais de Camopi.
Camopi où je ne suis jamais allé, où j'ai rêvé d'aller, où je rêve toujours d'aller même si je sais que d'année en année Camopi cesse de ressembler à ce que je n'en connais pas.
Il est mort mon ami de là-bas.
Mon Taïlo de l'automne 81.
J'ai ce film qu'a tourné la télévision où on aperçoit Paulo dans son dispensaire de Camopi.
J'ai des cassettes de France-Culture aussi : c'est comme ça que j'ai appris que Paul Witman était mort. Mon Paul à moi. Il m'a fait Payé. il m'a fait sorcier. Et frère. Son frère.

C'est pour ça que je sais qu'il est mort. Pendant des années je l'ai senti à travers moi. J'avais cette boule de vannerie au cou. La même que celle que l'on voit, sur la photo. Je l'ai portée au cou cette boule pendant des années. Sans elle je crois que je serais devenu fou. J'aurais dû devenir fou à cette époque. Et je n'aurais jamais dû revenir.
Mais non ! Ce n'est pas vrai. Si je n'étais pas revenu je n'aurais pas rencontré cette femme sans laquelle je ne conçois plus de vivre. Je voudrais l’emmener en Amazonie. Je voudrais faire ça avant de mourir.
Je veux aller de nouveau caresser ce rêve d'éternité qui m'a frôlé. Je veux entendre de nouveau le râle de ces singes hurleurs qu’on appelle des babouns et voir le soleil se lever à l'ouest. Je voudrais revoir le jour se lever d'un coup, immensément rouge, sur cette mer qui n'est jamais bleue, cet océan boueux, si dense, que je pouvais - un peu - nager, moi qui coule à pic dès la troisième brasse. J’ai beaucoup de mal à écouter cette chanson de Lavilliers où le soir tombe comme la lame sur le cou du condamné.
Mais je ne suis pas dupe, je sais bien tout ce que j'ai retouché, revu, corrigé de ce séjour lointain. C'était un temps de folie, or la folie, celle-là, n'est plus. C'est presque l'heure du crépuscule, et la nostalgie a sale gueule parfois.
Paulo est mort, et le passé n'a que des résurrections fugaces et peut-être malsaines. Mais je voulais me souvenir de lui, mon frère Indien qui n'a vu la neige qu'une fois. C'était d'ailleurs ce qui l'avait réellement marqué durant son voyage en métropole.
Neigera-t-il un jour sous les Tropiques ?
Je suivais en forêt l'Indien à la vue si perçante. Nous avions des fusils, mais lui, en plus, avait un arc dont il se servait, je crois, un peu pour nous faire plaisir. Paulo riait quand je lui disais qu'il venait de Mongolie, sans doute, qu'il avait, il y a longtemps, longtemps, traversé cette mince frontière, en haut, tout en haut, qui sépare le Vieux monde du Nouveau... Sans doute avais-je pensé qu'il l'avait fait, en bateau, lui et les siens, mais quand, quand ?

« ... Et alors écoute bien. Le grand événement.. là où se trouve aujourd'hui le détroit de Behring, entre la Sibérie et l'Alaska, la Russie et les Etats-Unis, détroit de quatre-vingt- six kilomètres de large, il y a alors, que forme la glace, un isthme, un véritable pont terrestre qui atteint jusqu'à deux mille kilomètres de long et par ce pont vont passer en Amérique les ancêtres des Indiens, niais écoute, vois : il arrive que disparaisse le pont, fonde la glace, immensément, l'isthme devenant un détroit, ce qu'il est à présent et les Indiens du coup sont prisonniers de l'Amériqu e! Les Paléo- Indiens, comme on doit dire. Plusieurs fois surgit, s’engloutit, resurgit le pont et imagine que, au moment où les premiers Paléo-Indiens passaient en Amérique, la glace recommençait à fondre, lentement, elle n'a pas encore fini, je te l'ai raconté, et ces premiers Américains sont arrivés on ne sait pas très bien approxiniativement à quelles approximatives dates, vers 20000 ou 25000 ou 36000, plus loin peut-être encore, avant le Christ, cmme on dit. »

Combien de millénaires pour passer de la glace, de la neige dont tout souvenir est effacé dans leur mémoire à cette chaleur dont j'avais cru, débarquant à l'aéroport Rochambeau de Cayenne que je ne la supporterais pas, que j'allais dans trois pas, dix pas, m'écrouler et mourir de suffocation. Je n'ai jamais pu dormir dans une pièce là-bas mais sur un balcon tourné vers la mer, dans un hamac, empêtré dans une moustiquaire où il y avait toujours un trou, un passage pour ces putains de moustiques.

Parfois, Paulo nous préparait de singulières cigarettes roulées dans des émincés de bambou… 

Et dans cette fumée, aucun soir de ma vie, jusque-là, n’avait été aussi beau. 

Parfois aussi, nous revêtions le kalimbé, rouge bien sûr, celui que portent tous les Indiens des forêts, du sud, comme du nord de l’Amazonie. 

« Et elle : et passent les Paléo-lndiens par l’isthme. Sur ce continent qui existait depuis quatre milliards d’années et où personne encore n’avait mis les pieds.

« Et moi : incroyable !

« Et elle : passent et repassent. Et il est tout à fait raisonnable d’imaginer que certains d’entre eux ont fait et refait, plusieurs fois, des dizaines de fois, le chemin dans un sens et dans l’autre, ignorant qu’ils allaient d’Asie en Amérique, et l’inverse, c’était, pour eux, la même glace. »

Cette spécificité de l’Indien, tiens, ça le faisait bien rire Paulo ! 

S’en foutait, lui, de la menace de la civilisation : 

parce que chasser avec un fusil c’était mieux qu’avec la lance, 

mettre un moteur sur leur bateau c’était mieux que ramer, 

écouter la radio ça changeait des flûtes, et tout et tout… 

On avait bonne mine de lui dire de faire attention, de lui dire que nous autres Blancs on a toujours su très bien faire le mal : on savait bien qu’on continuerait, qu’on ne savait faire que ça, et même, parfois, avec les meilleures intentions du monde… 

Parce qu’il y a les allocations familiales pour les Indiens 

et ils fument des Gauloises 

et ils transforment peu à peu les abords de leurs villages en décharges publiques 

les cuvettes en Nylon 

les poches en plastique 

et toute cette quincaillerie qui tombe en panne

et qu’il est la plupart du temps impossible de faire réparer 

les moteurs 

les postes de radios 

et je ne sais quoi encore. 

Mais Paulo riait comme s’il savait l’âme indienne à jamais inaliénable. 

Mais la misère, on savait bien, déjà, qu’elle avait fait son apparition, plus haut, chez ceux du Maroni, ceux qui étaient restés près de la côte, près des Blancs… 

Sur la place des Palmistes, à Cayenne, on ne finissait jamais d’en parler de notre pourriture. Vraiment.

Sans complaisance.

Parce que voilà: ceux qui restaient en Guyane, restaient par passion. 

Cette passion de la jungle, de l’indianité je l’ai rencontrée, chez des petits Blancs, loin de Kourou qui était le camp ennemi. 

Mais il n’y avait pas à se leurrer : si la France maintenait en vie cette enclave amazonienne c’était pour Kourou. 

Rien ne pousse, ne se dompte, ne se rationalise dans une telle fournaise. 

La vie va, d’heure en heure, satisfaite d’elle-même... 

J’ai essayé, savez-vous, de ne pas trop en faire, en dire sur ce séjour ; j’ai peu parlé, peu raconté mon frère Amazonien, 

et je m’en voudrai sans doute un jour d’avoir cédé, d’avoir titillé cette drôle de plaie que j’ai là, en pleine poitrine, cette plaie qui, pourtant, me fait du bien…

 

 

Les longs passages en italiques sont extraits du magnifique livre de Yves Berger « Le fou d’Amérique », paru aux éditions Grasset.

NB : ce texte a été écrit il y a plus de 20 ans…

19/11/2007

Photorino ? Fottorino ?

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Eric Fottorino : Baisers de cinéma (Gallimard, 2007 - 190 pages)

 

Je viens de le finir. Il m'aura fallu deux semaines. C'est dire si j'ai ramé vers la fin!

Pourtant ça commence bien. Classe. Le narrateur est le fils d'un photographe de plateau de cinéma. Peut-être même éclairagiste. Pour Truffaut, entre autres. Le narrateur, bien sûr habite Paris. Il est quelque chose comme avocat, enfin, un truc comme ça, on ne sait pas très bien parce que l'auteur on sent qu'il s'en fout de lui donner un métier à son personnage. Pourvu que ce ne soit pas boucher, ou garagiste. Il a dû penser à en faire un écrivain ou journaliste mais sans doute qu'il a dû penser que les romans avec des écrivains ça commencer à gonfler un max.

Le père vient de mourir sans avoir révélé à son fils l'identité de sa mère. Alors le fils se demande s'il n'est pas le fils de Romy Schneider, de Catherine Deneuve ou de Delphine Seyrig...

J'ai pensé que ça pouvait être le fils de la divine, la sublime, la merveilleuse Delphine car le narrateur rencontre une femme très fragile, très pâle qui s'appelle Ginette... Je plaisante : vous imaginez un roman classe avec l'héroïne qui s'appellerait Ginette ?

C'est duraille le choix des prénoms : et chez Duras (puisque j'ai fait là un subtil jeu de mots que vous n'avez pas manqué de remarquer avec duraille...) chez Duras non plus il n'y a pas de Ginette - pourtant j'en ai connu moi une Ginette, et que je vous assure que je leur laisse moi les Aurélia et autres Mayliss...

Mayliss. C'est le prénom que rencontre le narrateur de Baisers de cinéma... Dans un cinéma, à midi, où l'on donne de vieux films de la Nouvelle vague. Elle s'appelle Mayliss (bien prononcer le ï, comme dans maïs) elle est très mariée, très parfumée ("Jardins de Bagatelle" ça s'appelle le parfum). Et elle en imprègne tout de son parfum la Mayliss. Même les tranches de livres (parce qu'on fréquente beaucoup les vieilles libraires, les bouquinistes dans ces livres-là, pas les Lidl ou Auchan) enfin y a son parfum partout. Et ça dure, ça dure : couchera ? couchera pas ? Eh bien si : ils couchent. Alors Mayliss on dira qu'elle est interprète (on s'en fout, tout comme la profession du narrateur, c'est juste pour qu'elle ait une occupation cette femme-là). De temps en temps elle voyage. Ah, j'oubliais, le narrateur habite le quartier Montparnasse. Il vit tout seul.

Bon, je remets un peu d'ordre (après avoir feuilleté le livre) le narrateur s'appelle Gilles (page 29, notez bien parce que je crois bien qu'il n'est plus jamais fait mention de son prénom dans le livre) et le cinéma où il rencontre Mayliss s'appelle Les Trois Luxembourgs (ça existe ?) et le film c'est Ma nuit chez Maud. Non, c'est pas au resto qu'il la rencontre, c'est après, juste avant d'aller à son enterrement Gilles a faim et il entre dans un restaurant qui s'appelle Les banquettes rouges (ça existe ?) du côté de la rue Monsieur-le-Prince.

Quand ils se rencontrent dans ce restaurant Mayliss commande un thé brûlant et Gilles une carafe d'eau avec beaucoup de glaçons. "Elle (Mayliss) était très belle et très blessée", écrit le narrateur.

Voilà, après ils sont tout le temps au bistrot ou à voir des films. Ou au restaurant comme le Flore en l'Île (ça existe ?) On apprend que Mayliss aime Mahler (qu'elle prononce comme moi : mahleur) la symphonie n°6 (pas la meilleure pourtant).

Elle téléphone Mayliss. Pour dire qu'elle ne viendra pas. Et lui, pendant ce temps-là, il ne fout rien. Va même pas bosser (il a un patron qui n'est pas vraiment un patron et qui lui dit en gros : "Ecoute, viens quand tu veux, repose-toi etc."

Mayliss et Gilles se retrouvent aussi à la Maison romantique... Ils se baladent aussi. "Mayliss foudroyait le temps, quand nous étions ensemble" écrit bizarrement le narrateur, parce que pour moi quelque chose qui est foudroyé c'est quelque chose qui est désormais figé... Bon, il y a des bonheurs d'écriture qu'on raté que voulez-vous, même chez Proust il y a des phrases ridicules.

J'imagine que pour un parisien ce doit être un régal un livre comme ça qui tient du guide touristique un peu suranné.

Et quand ils quittent Paris nos personnages, où croyez-vous qu'ils se rendent ? A Triffouillis-les-Oies ? Allez, cherchez, allez, mais oui, c'est ça : Cabourg. Et où à Cabourg, mais oui, au Grand Hôtel. Là, on est en plein dans Un homme et une femme, ce que ne manque pas de souligner l'auteur qui, quand même, se doute qu'on a vu le film... Et bien sûr, c'est désert le bar du Grand Hôtel, ben voyons, et il y a un piano, et une serveuse qui est fascinée par Mayliss... Encore un cliché ? Le piano. Mayliss au piano (page 75) : Enfin le temps s'arrêta (le côté proustien du roman n'aura échappé à personne. Mayliss ondulait au-dessus du clavier." texto : elle ondulait au-dessus du piano (je suppose que ce sont les mains qui ondulaient).

Je ne vais pas faire tout le roman. Quoi que j'en aie dit, ce n'est pas déshonorant un livre comme ça. Chicos, un peu chichiteux mais il y a des très belles choses sur la notion de lumière en photo, il y a plein de titres de films...

Bon, la fin du livre est franchement tarte, et pour tout dire bâclée..

Comme ce papier en somme...