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30/07/2008

Moment d'intimité

 


 

C’est un soir paisible de l’été 2008.

Je suis au jardin parmi les pins et les mimosas. Tout à l’heure le vieil homme m’a parlé de cet olivier, là, si petit dont il se souvient qu’il a été planté il y a vingt ou trente ans.
Autour il y a des bruits de voix. Il me semble entendre, venant d’un jardin où l’on dîne : “Frites à la noix de coco”, mais j’ai dû mal entendre : ça n’existe pas les frites à la noix de coco ! Si ?
Il est au lit maintenant. J’ai branché son respirateur, disposé les verres comme il faut, tiré le couvre-lit très bas vers le pied pour qu’il n’appuie pas sur son ventre si sensible.
Je suis seul de nouveau. Sur la petite terrasse. Le bassin d’Arcachon est là, tout près, mais je n’y mets jamais les pieds. J’ai toujours détesté la plage. Un avion passe, très, très très haut. Le pilote ne sait rien de tout cela, de cette histoire de frites à la noix de coco et d’olivier si petit et qui a au moins, déjà, trente ans. Puis il y a un vol de pigeons, ou de tourterelles qui croisent l’avion super-sonique si haut. Entre les deux vols combien de milliers de kilomètres ? Un pigeon est en retard, et on voit bien qu’il bat des ailes plus vite pour rattraper les autres.
Nous avons passé un long moment, tout à l’heure, sur cette terrasse, le vieil homme et moi. Chacun avec sa bière. Pour la première fois il me semble apaisé. Il dit qu’il aime ça, ce moment-là, ce moment précis, ce moment du présent. Je lui dis que moi aussi je n’ai vécu que des moments présents, que l’avenir je ne m’en suis jamais occupé. Je lui raconte l’histoire de cette femme avec qui j’ai vécu et qui par peur de l’avenir n’a pas voulu de cet enfant que nous avions fait ensemble. Je raconte son voyage en Angleterre, dans ces années soixante-dix où l’avortement était encore interdit. Je dis qu’elle a été massacrée là-bas, et qu’elle n’a jamais pu avoir d’enfant après ce séjour, et que cela a été le drame de sa vie.

Je ne devrais pas écrire des choses comme ça…

 

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