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30/11/2008

L'HOMME AUX PIEDS NUS

Son visage, je le connais. Très émacié, très.

Il pourrait, cet homme, sortir tout droit d’un film de Wenders. Et si je n’avais pas été si fatigué je lui aurais demandé qui il était, cet homme aux pieds nus dans ce soir de novembre.

Il a un regard très doux. Des rides profondes, tout en longueur. Des traits qui tracent une ligne de vie compliquée.
Des ses yeux, noirs, intensément noirs, il cherche la place 44 je crois dans ce TGV Paris-Bordeaux. Mais il a l’allure de quelqu’un qui voyage sans billet. On se demande où est sa guitare et à quel rendez-vous de paumés il se rend. Alors, et comme il parle d’un ton un peu las, on ne lui répond pas. On n’y croit pas à cette place 44, pas du tout.
Et il n’insistera que deux ou trois fois. Il finira pas se lasser, par comprendre qu’on ne veut pas de lui à cet endroit que le SNC appelle « carré » et qui n’est que deux banquettes face-à-face, si rapprochées que les genoux se touchent, les pieds se marchent les uns sur les autres.
Justement, ses pieds à lui sont sans chaussures et sans chaussettes dans ce froid cinglant de novembre.
Et quand je le verrai, dans ce que la SNCF appelle la « plateforme », utiliser un téléphone portable de bonne facture je me demanderai encore un peu plus pourquoi ce petit homme voyage nus-pieds.
Mais je ne lui demanderai rien.
Je reste sur mon siège, je suis las, très las.
Il y a des moments où rien, où presque rien ne peut vous faire bouger.


 

 

 

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15/10/2008

DEB | BHL-Houellebecq : Ennemis publics

ACTE I

Commençons par le commencement.
De quoi s'agit-il ? D'une correspondance entre deux écrivains. Deux écrivains majeurs. Mais vivants. Mais « dérangeants ». Nous ne sommes pas, là, dans la littérature qui se prête à toutes les cuistreries propres à agrémenter les dîners en ville. BHL-Houellbecq : fallait y penser. Et fallait oser. Ils l'ont fait. Ils ont, au moins reconnaissons-leur cela, ils ont du courage.
Couple improbable ? Justement. Il fallait ces deux-là : détestés et tout autant encensés. Cibles idéales pour la meute.
Mais, c'est que ça s'engage pour le pire et le meilleur une affaire comme ça. Pour le pire surtout : publié sous X, le livre, d'emblée, s'il suscite la fébrilité, la curiosité, génère la jalousie. La meute est jalo use sans le savoir. La meute est dépressionniste, comme Houellebecq, la meute est idéaliste, comme BHL . La meute a, pour le prix d'un, ses deux cibles favorites. Deux cibles aux antipodes l'une de l'autre. BHL et Houellebecq, rien à voir. Rien de rien. J'entends déjà dire : « Justement, c'est du marketing. Réunir le jour et la nuit en un seul produit, c'est génial coco ! » Du deux-en-un. Ceux-là, ceux de ce discours, parions qu'ils n'ouvriront pas le livre, qu'ils se contenteront de commenter les commentaires, comme d'habitude, dirais-je.
Livre schizophrène ? Pas tant que cela.
Ainsi, page 81, BHL : « Nous sommes tous plus ou moins guidés par une étoile n'est-ce pas ? Eh bien, il y a les mauvaises étoiles, celles que les Latins appelaient les « sidera » et qui ont pour propriété de vous attirer vers le fond, le gouffre, l'abîme de vous-même [...]. Et il y a les bonnes, celles qu'ils appelaient les « astra », les astres, et qui, elles, au contraire, vous font lever la tête, regarder vers le ciel et, d'abord, le ciel des idées...»

Alors, vous, vous êtes plutôt sidera ou plutôt astra ?

 

ACTE II


Je vais donc le lire trois fois, ce livre : d'abord la partie BHL, puis la partie Houellebecq, et enfin, dans sa continuité. Comme si, après avoir écouté l'un et l'autre séparément je les mettais face à face. Il doit être dit, que je ferai fi, une fois pour toutes, dans cette chronique des ricanements sournois qu'elle ne manquera pas de provoquer.

Je le lis donc, patiemment, attentivement ce livre, Ennemis publics (Flammarion-Grasset éditeurs) que j'ai attendu dans une belle fébrilité dès que j'ai su son existence.

Au fond, me dis-je, plutôt qu'une « critique » une fois pour toutes de ce livre, pourquoi ne serait-il pas un thème récurrent où je pourrais m'inscrire. Pourquoi ne serait-il pas le fil rouge de plusieurs posts ? Au risque de lasser mes lecteurs ce dont, je l'avoue ici, je ne fais pas tant de cas que cela.

C'est qu'il y a deux aspects du monde avec ce livre-là. Pas si antagonistes que ça, pas autant de connivence que ça non non plus. Il y a beau temps que le manichéisme n'est plus pour moi qu'un exercice de style, une commodité souvent, surtout lorsqu'il s'agit de politique. En gros : on est à droite ou on est à gauche. Le milieu ? Ce juste milieu qu'invoquent les imbéciles ou les gens très sages ne me passionne guère. Mais cela peut faire un prix Nobel de littérature à l'occasion.

Ainsi pourrait-on imaginer, d'un côté l'optimisme (et je vous prie de croire que je sais comme il peut être volontaire), de l'autre le pessimisme (et je sais aussi comme il peut être forcé), ce qui pourrait satisfaire tout le monde.

Où Houellebecq évoque ses problèmes d'eczéma, BHL raconte ceux de Cocteau. D'aucuns diront : ça a une autre gueule, non ! Sous-entendu : Cocteau, quand même, c'est d'un autre niveau que Houellebecq, non ? Tout cela pour fustiger la pseudo mégalomanie de BHL et louer la simplicité d'un Houellebecq.

Deux faces du monde, disais-je, et qui n'en finissent pas de s'opposer et de se rapprocher. Houellebecq inclinerait pour une détestation des hommes et de l'humanité en général et ne lui verrait pas beaucoup de chances de succès tandis que BHL s'écrirait : pas du tout, il suffit de relever la tête et de regarder les idées qui sont au-dessus de nous.

Le Cocteau désormais célébré, n'a-t-il pas été détesté au point qu'il y avait toujours quelqu'un, lors d'une projection d'un des ses films, qui voulait lui casser la gueule.

Au moins y a-t-il une certaine justice : BHL, Houellebecq sont haïs. Ils le savent. Cette justice du pire, je ne la cite que pour en souligner le ridicule. Y en a-t-il qui haïssent les deux ? Lequel souffre le plus de la critique, de l'ignominie dont on les accable ? Il semblerait de ce soit Houellebecq, voire ! Houellebecq qui s'interroge sur cet autre, bien servi lui aussi par la vindicte, Sollers : « Sous le Philippe Sollers social, existe-t-il encore un Philippe Sollers réel ? »

La question ne vaut-elle pas pour toutes celles et tous ceux qui ont un peu de pouvoir, de notoriété et qui, injure suprême, se permettent d'être singuliers ? Au palmarès des insultés, n'oubliez pas Ségolène Royal je vous prie.

Dès la première page du livre, Houellebecq annonce la couleur. Il sait que les critiques sont des gens pressés qui lisent les livres en diagonale, cherchent l'angle d'attaque et à coiffer les autres critiques au poteau. Il leur complique alors la besogne par ce portrait de lui-même que la rumeur a dressé. Ainsi, les plumitifs que nous sommes vont-ils devoir chercher d'autres adjectifs. Mais les pistes sont là : « Nihilste, réactionnaire, cynique, raciste et misogyne honteux. »

Voilà, les leçons de Sollers ont porté : inclure dans son livre sa propre critique. « Anarchiste de droite ? Beauf ? « Auteur plat n'ayant accédé à la notoriété que par suite d'une invraisemblable faute de goût... »

Cette introduction, n'en doutons pas deviendra d'anthologie. En deux pages sont réunies les critiques les plus assassines.

En voulez-vous sur BHL ?

Voici (si j'ose dire), sous la plume de Houellebecq : « Spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques [...]. Intime des puissants, baignant depuis l'enfance dans une richesse obscène, vous êtes emblématique de ce que certains magazines un peu bas de gamme comme Marianne continuent d'appeler la " gauche-caviar " [...]. Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en outre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma. »

Il pourrait conclure, mais au contraire, c'est par là qu'il commence (puisque ce sont les toutes premières lignes) : « Tout, comme on dit, nous sépare à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables

Ce à quoi, BHL, réplique par Cocteau, Pound, Camus, Baudelaire...

Le liste serait longue.

Mais suffit ! BHL ne se vautre pas dans l'autodénigrement. Cela fait partie du secret, son secret.

La haine, Houellebecq y revient lui. Il digère moins bien sans doute, et je peux comprendre ça. La haine dont il a été et dont il est toujours l'objet il ne veut pas tout de suite l'évacuer. C'est qu'il en connait la sale gueule, comme tout le monde, mais lui, il a de la mémoire. « Souvent, lorsque vous étiez mentionné dans la conversation, j'ai vu apparaître un vilain rictus que je connais bien, un rictus de joie basse et commune à l'idée de quelqu'un que l'on va pouvoir insulter sans risques. »

 

ACTE III | De la difficulté d'être au monde.

L'enfance nous a tous conviés à des scènes de lynchages plus ou moins violentes mais néamoins, symboliquement, bel et bien réelles. Houellebecq ne revendique aucun courage. Il n'a jamais défendu les victimes, avoue-t-il, et il ajoute qu'il n'a « jamais éprouvé le désir de rejoindre la camp des bourreaux ». En cela « nous n'avons rien de l'animal de meute » ; « Je me suis contenté dans mon enfance, lorsque j'étais confronté à ces scènes pénibles, de détourner le regard en me réjouissant d'avoir été épargné, pour cette fois. »
Cela ne peut-il s'appeler du doux nom de lâcheté ?

Car oui, c'est bien de cela qu'il s'agit, « quand on est témoin, on est impliqué » a à peu près écrit, ou dit Sartre. Et, puisque c'est moi qui écris ici, pourquoi me priverais-je de parler de moi dans la perspective d'une interrogation sur la lâcheté ?

Ai-je assisté à des scènes de « lynchage » lorsque j'étais enfant ? Il me semble que non. Il me semble car, qui me dit que mon inconscient n'a pas, sagement, entreposé ça hors de ma portée ? Consciemment donc, nul souvenir de cet ordre. Mais il me semble qu'on s'est beaucoup moqué de moi. Sans pour autant avoir été objet de sévices corporels. Mais, j'étais quelque peu moqué, oui. Tout bêtement à cause de mes cheveux. « Magnifiques », s'exclamaient les adultes, et les femmes (car les hommes répugnent aux compliments, sauf s'ils y ont intérêt, c'est bien connu) ; frisés mes cheveux, très. « Crépus » décrétaient d'autres (les hommes cette fois). « Le nègre », entendais-je parfois en cour de récréation. Aussi, pendant longtemps, ai-je souhaité des cheveux bien raides, bien plats, bien ordinaires. J'ai été le nègre, enfant, et le « rapatrié », adolescent, quand l'Algérie a commencé à se vider des ses pieds-noirs qui, dès leur arrivée étaient accusés de profiter de largesses gaulliennes. Mais si, mais, il m'en souvient.
Plus tard, bien plus tard, à propos d'Algérie, quand je rencontrerai celui qui, précisément aura contribué à son indépendance, nous évoquerons cet effarement d'être dont il va être question, et que je veux, sous peine de tomber dans le souvenir d'enfance artificiel, décrire au plus près de sa vérité existentielle.
C'est que je me tenais à l'écart du monde, tout simplement. Tout cela ne me concernait nullement, c'est le moins que l'on puisse dire. Je n'étais pas au monde tant il me paraissait absurde, tant le fait d'être là était absolument inapréhendable.
Alors, leurs chahuts, leurs disputes, leurs joies, leurs bandes et toutes ces choses qui remplissent les les livres et les films sur les souvenirs d'enfance : très peu pour moi. Il y avait là, me semblait-il quelque chose d'intrinsèquement tragique. Je ne pouvais que repérer les « victimes ». Elles seuls, ces pauvres petites choses hébétées, tout comme moi, les morveux au vrai sens du terme, croûteux, mal fagotés, repoussés par les autres, ceux de la vie au premier degré, ceux-là seuls, pour moi, étaient de quelque réalité.
Ces déshérités, ces vilains petits canards étaient mes copains, mes frères d'imposture. Les autres, fils de pharmacien, de boucher, de médecin ne me concernaient pas. Tous, sauf un : parce qu'il était américain.

Mes potes, les idiots, ceux du fond de la classe, les cancres, les chialeurs étaient miens. Fils de ferrailleur, de paysans, de misère, ou je ne sais quoi encore, oui, ceux-là j'avais quelque chose en commun avec eux. Mais quoi, hormis cette inadéquation au monde. Car je n'étais pas pauvre, je n'étais pas mal foutu, pas morveux, propre sur moi. Nous étions, eux et moi, d'une autre planète, et je me doutais bien qu'elle s'appelait néant, et qu'il faudrait y retourner. À quoi bon être là si ce n'est pas pour y rester. Qu'est-ce que c'était que ce surgissement de nulle part vers nulle part ?
Les victimes, souvent sont seules, et leur isolement les rend encore plus vulnérables, fragiles. Deux victimes ensemble c'est déjà un groupe, le commencement de quelque chose.
Cela devient sans doute de moins en moins évident, mais il s'agit toujours ici du livre Ennemis publics de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy...
Le lecteur ne réécrit-il pas le livre qu'il lit ou a lu ?
Je reste un lecteur.

DEB

21/09/2008

CHRISTIAN

L'histoire que je vais vous raconter est tout simplement horrible. Je vous en avertis.
Elle est d'autant plus horrible qu'elle est vraie, et elle ne cesse de me hanter depuis des dizaines d'années.

Cette histoire, c'est celle d'un garçon qui s'appelait Christian. Il a 20 ans, ou pas loin, enfin, il a 20 ans. Pas beau, pas fûté, décalé, zarbi, pas franchement admis, déjanté, comme on dit maintenant.
Voilà : c'est les années 70, Bordeaux, les vieux quartiers de Bordeaux, pas encore rénovés. C'est une époque où les vingt et quelques n'ont pas la télé. N'en veulent pas. L'ordi n'existait pas, ni le téléphone portable. Et le téléphone fixe, même ça, c'était plutôt rare. Alors on allait chez les autres et les autres venaient chez vous. On passait son temps à aller les uns et les autres et inversement. Pour parler, pour parler et écouter de la musique. Mais surtout, oui, on parlait. On aimait la revue Planète, Le Matin des magiciens, les Floyds et tout un tas d'autres choses encore. Il y avait le poster du Che chez nous, et la psychanalyse était un vrai sujet.
Et il y avait Christian.
Il était là de temps à autre Christian. On ne savait pas d'où il venait. On allait, on venait, on n'avait déjà que des prénoms et pas de passé. Que du futur. On faisait des séances de spiritisme, du wija, des tables tournantes. On voulait croire à tout, sauf aux vieilles recettes.
Christian écrivait à l'envers. Il nous racontait qu'on lui dictait, la nuit... Il nous montrerait ça.
On le trouvait vulgaire ce Christian. Il l'était sans doute puisqu'il allait aux toilettes en laissant la porte ouverte. On ne l'aimait pas beaucoup. Il en faisait trop aussi, avec la mort. Mais nous aussi, avec la mort on en faisait trop. C'était un sacré personnage la mort. On pouvait s'amuser avec : on était éternels. À 20 ans on a l'éternité devant soi. À 30 aussi. Après c'est moins évident. On avait été morts. Il y en a même qui se souvenaient de ce qu'ils avaient été. Milou avait été Tlaloc, ou il s'était affronté (je ne sais plus) à Tlaloc en combat singulier. Milou avait gagné, et l'autre depuis des siècles voulait se venger.

Un jour, ils sont allés à la plage. Ils et elles, ce petit groupe-là. Moi je ne suis pas allé avec eux. J'ai échappé à ça, à cette histoire horrible que j'ai évoquée.
Il a fait un grand trou dans le sable, Christian. Un trou profond, très profond, deux mètres. Dans le sable. Et il s'est mis au fond du trou : pour qu'on le prenne en photo.
Je ne sais pas si elle a été prise la photo, je crois que je ne veux pas savoir. Mais peut-être que si elle existe, malgré tout, je voudrai la voir, je pense.
Ils se sont mis autour du trou, ils ont vu Christian au fond, et puis le sable s'est effondré sous leur poids.

Il a fallu deux heures aux pompiers pour dégager Christian.

Je vais aller me servir un verre...

24/08/2008

Impasse 69

DEB | Impasse 69

Qu’un intellectuel déchaîne encore les passions me réjouit.

Un seul, à ma connaissance, en ces temps nullissimes, est encore capable de cela.

Rien que pour ça, chapeau !

Là, de quoi s’agit-il ?

« 1,5 km 500, mon général ! »

Pute borgne, je m’en tape sur les cuisses.

C’est les mecs de Rue 89…

Tu connais Rue89 ?

Oui, j’aime bien Rue89.

C’est des mecs du « Canard » Rue89, tu le sais ?

Oui, je sais.

Et alors, raconte…

Ben, BHL est allé en Géorgie…

Jusqu’à Gori.

Et là, ils disent les mecs de Rue89 que BHL s’est arrêté à 1,5 km du centre de Gori…
Donc : les mecs de Rue89, devant leur écran, ils disent « BHL n’est pas allé à Gori... »

Moi, quand je vais voir Antoine à Ivry, je dis :  « Je vais voir Antoine à Paris. »

Donc, tu es un menteur.
Mais BHL lui, écrit : « « Nous arrivons à Gori. Nous ne sommes pas au centre-ville. Mais, du point où Lomaia nous a laissés avant de repartir, seul, dans l’Audi, récupérer ses blessés… »

Je ne vois pas le problème.

Moi non plus.
Commentaire de Rue89 : « Problème : BHL n’est jamais “arrivé à Gori “, et les Russes n’ont pas ” brûlé” la ville. »

Que veux-tu, ils sont précis.

Attends. Je te cite le mec de Rue89 : « Vers 22h30, dans la nuit noire, BHL est de retour au premier barrage où attend la presse. Il sort du véhicule, le visage grave, et avec sa voix de Malraux, il témoigne devant les journalistes… »

Tu as bien lu : sa voix de Malraux.
Tu l’as entendu BHL, tu trouves qu’il a une voix de Malraux ?

C’est Cohen qui a signé l’article ?
Eh ben, non, et ça m’étonne.
Alors, t’en penses quoi ?

Que les mecs de Rue89, sur ce coup-là, c’est plutôt Impasse 69…

30/07/2008

Partir, revenir

Partir, revenir, mourir un peu... D'un blog l'autre...

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19/07/2008

Femmes que j'aime

J’aime aussi les vieilles dames. Je les trouve même plus courageuses, plus authentiques que les vieux messieurs. Mais qu’en sais-je, au reste ? claire goll.jpgAinsi de Claire Goll qui, dans La poursuite du vent raconte qu’elle connut pour la première l’orgasme à 76 ans avec un garçon de 20 ans.

 

 

 

 


ninon.jpgAinsi de Ninon de Lenclos que je citai tantôt à mon ami l’âne Perpignanais au sujet de ce billet qu’exigea d’elle un amant qui avait bien des raisons de douter de la fidélité de sa célèbre maîtresse. Aussi avait-il demandé qu’elle lui écrivît quelques lignes où elle s’engagerait à demeurer chaste durant une certaine séparation. Le Marquis de La Châtre, puéril comme presque tous les hommes se vanta de cet engagement. Le sot : Ninon put s’écrier, ironique, narquoise et terriblement sensuelle : “Ah le bon billet qu’a La Châtre !”
 
 
 
 
 
 
 
 
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Et Colette, séductrice du père et du fils, (Henry et Bertrand de Jouvenel) se montrant à moitié nue sur la scène en un temps où aucune femme ne s’y était encore risquée.

02/02/2008

Le tout à l'ego

Je suis -  et c’est même une spécialité depuis pas mal de temps, je suis, dis-je, titilleur d’ego.
C’est un vieux pote à moi, l’ego. Dans une autre vie, je serai psy, attention, pas psychiatre ou psychologue, non, je serai psychanalyste, à la Lacan, vous voyez, du haut de gamme quoi !
Un jour, je lui ai posé clairement la question à mon ego à moi. Je lui ai dit : qu’est-ce que tu veux ? Sa réponse, bien sûr, je la connaissais d’avance : satisfait. Il voulait être satisfait, au moins une fois. C’est ce que j’ai fait : je l’ai satisfait. Alors il s’est tiré ailleurs.
De temps en temps il vient prendre des nouvelles. Je lui manque, le pôvre. A chaque fois, je l’envoie se faire foutre.
Et il y va. 

Et vous votre ego ?

12/01/2008

FRB | Politique

I - FRB

J’aime les livres improbables. Mais je ne sais pas si Son excellence monsieur mon ami, de Jérôme Garcin (Gallimard) est si improbable que ça. Quand même, faire un livre sur François-Régis Bastide ne manque pas d’audace. Qui se souvient de FRB ? Jérôme Garcin dans la catégorie des livres improbables a préfacé aussi 5, rue des Italiens, de Bernard Frank (Grasset).
Le public de ces livres je me demande qui c’est. Mais grâces soient rendues à Gallimard et Grasset pour nous proposer ces livres-là. Merci pour ce bonheur-là. Je n’ai pas rencontré Bernard Frank (qui a chroniqué Barbarie de l’ignorance, de George Steiner dans le Nouvel Obs), en revanche j’ai plusieurs fois rencontré FRB qui, pour la revue que j’animais m’a donné des feuillets écartés à la publication de L’Homme au désir lointain son ultime livre.
J’ai même commencé un livre sur FRB ; Un livre improbable lui aussi. J’aime les radotages littéraires. Je radote puisque j’ai déjà en partie raconté ici ce que j’écris aujourd’hui. Voici un extrait de ce roman :
« Mais il faut que j’avance, il ne faut pas qu’Agnès prenne toute la place vous comprenez, il faut que j’aille un peu plus vite, que je ne m’attarde pas trop non plus sur François-Régis Bastide dont je viens pourtant d’aller tirer de ma bibliothèque La Vie rêvée. Je n’ai pas inventé, il me l’a bien dédicacé, en novembre 94, à Saint-Émilion. J’ai dîné à son côté, il m’avait écrit lors d’un de ses passages à Bordeaux : « Venez… » J’étais allé à la librairie la Machine à lire. Je lui avais fait signer L’Homme au désir d’amour lointain pour Boris dont c’était l’anniversaire. Dans la petite revue littéraire que je venais de créer n’avais-je pas terminé ma critique par : « Après cela [le livre terminé] il vous prend des envies d’aller mettre un peu de Mahler, d’aller ” ramasser au bord de la vague le grand châle bleu de Madame Schlesinger “. Eternel retour à Flaubert. »
Pour moi, l’un des plus grands livres de la littérature française est la Vie rêvée… FRB n’écrivait pas linéaire. L’élégance fait des embardées dans la langue, surtout écrite. Je me souviens que Christine de Rivoyre m’avait parlé de la « paresse » de François-Régis, qu’il fallait l’assigner à sa table…
J’imagine qu’il fallait beaucoup de cigarettes, et sans doute de whisky…
Tout cela n’est pas politiquement correct.
J’y reviendrai.

II | Irai-je en politique ?

Je n’étais pas au Fémina, hier vendredi 11 janvier 2007 pour soutenir Bertrand Delanoë, Alain Rousset, et (j’ai gardé le meilleur pour la fin — auriez-vous pensé que j’étais à ce point indélicat ? — ma délicieuse Michèle Delaunay dans leur combat pour battre Alain Juppé lors des prochaines élections municipales. J’ai déjà filmé les trois, et j’étais moi aussi en politique à la même heure. Côté perso cette fois.
Je n’habite pas Bordeaux mais une commune de quelque 3 000 âmes, et comme j’ai une petite notoriété (et que je m’étais déjà présenté sur une liste de gauche en 1995, 96 ?) on me demande de repiquer au truc.
Figurez-vous qu’il y a déjà deux listes.
Une de droite, et une d’encore plus droite me dit-on. Me dit-on, dis-je, car je ne connais personne. Je n’ai pas beaucoup fréquenté les gens de la mairie, sauf du temps du défunt maire François-Xavier Michelet, puisque nous avions créé ensemble un salon du livre (j’ai assuré les deux premières éditions ; on m’a écarté pour la troisième ; et il n’y a pas eu de quatrième édition). Pour le reste, silence.
Du reste, je vis très à l’écart, géographiquement du centre de la commune. Je passe donc mon temps à la traverser et j’y connais peu de monde.
Or donc, tandis que je n’étais pas au Fémina avec les grandes pointures de la politique j’étais avec avec l’embryonnaire troisième liste. De gauche, elle. Je dis ça, pour faire vite : je ne sais pas s’ils ont tous de gauche sur cette troisième liste. J’étais là pour tenter une conciliation. Entre deux hommes qui ont une surface politique dans le coin mais que tout oppose. Enfin, que tout semble opposer. J’ai de l’estime pour les deux, et moi, la politique c’est plutôt en dilettante que je la pratique. Mais on peut faire les choses sérieusement en dilettante. Mais si, mais si, je vous assure. Le dilettantisme est un recul qui permet d’affiner le regard et d’aiguiser la critique.
Moi, je vais là-dedans pour les idées, pas pour les curages de fossés. Essayer de prendre une commune à la droite, et à plus forte raison à la droite de la droite est une raison d’aller au charbon. Toutefois, modérons le propos. La tête de liste de la liste de droite, j’ai quelques infos sur lui, je l’ai même rencontré, c’est un type bien. Bien, mais de droite. Alors, respect certes, mais chacun chez soi. Il avait dit cette tête de liste qu’il passerait me voir. Il n’est pas venu. Il a dû penser qu’il perdrait son temps avec moi, et voulez-vous que je vous dise : il a vu juste.
Celui de l’autre liste, j’ai même du mal à me souvenir de son nom. C’est dire comme ça me passionne ces hstoires-là. Mais j’y vais. C’est pour ça que hier soir ces deux types de gauche je voulais qu’ils soient face à face. La réunion a duré près de quatre heures…
Je vous le dis moi, elle a un problème la gauche : son exigence…
J’y reviendrai.

11/01/2008

Simone de Beauvoir | 3

Paris est une ville qui trépide. Entendez par-là qu’elle frémit. Surtout sous les pieds. Ça vrombit, ça grelotte.
Je ne sens pas le sol assuré à Paris. Trop de trous, de galeries, et ce râle rageur du métro qui surgit jusque dans la mairie de Paris (4e) et enfle sous les ors, lambris et caissons de la République.
Je me demande s’ils ont deux mairies dans le 4e. Et comment ils font, les Parisiens, pour s’y retrouver. - Je t’attends devant la mairie. - Ah oui, laquelle ?
Je crois que j’ai l’art de me poser des questions stupides, et je vais même, souvent, jusqu’à tenter d’y répondre. Exemple : est-ce que le métro passe sous la mairie de Paris ?
Parce que ça m’inquiète. C’est un monument imposant que cette mairie-là, très, énorme. Tout en pierres de château-fort. Déjà que c’est au bord de la Seine, si, en plus il y a le métro qui la traverse et qui ébranle les fondations, est-ce que ça ne risque pas de s’effondrer cette affaire-là ? Et quand ?
Parce que ça vibre. Moi, j’ai senti que ça vibrait.

Je vous raconte ça parce que ce mercredi 9 janvier 2008, j’y étais à la mairie de Paris justement.
Il était 19h30…

 

Je ne sais plus qui parlait de Julia Kristeva, de Pascale Fautrier, de Fadela Amara ou de Marie-France Pisier quand je me suis dit que ça pouvait s’effondrer maintenant, là, juste au moment où j’y suis. Frédéric Vignale (www.lemague.net) qui était là aussi aurait assuré les images du 20 heures. Mais je vous assure que là où j’étais — au fond du salon — je n’entendais pas les intervenantes à chaque fois qu’un métro passait. Je n’écoutais pas vraiment non plus, j’avoue. Pourtant, à un moment, Marie-France Pisier — délicieuse, beaucoup plus blonde que chez Truffaut, et plus charnelle aussi (je l’ai toujours trouvée un peu pimbêche au cinéma MPF, pas vous ?) — a lu une lettre d’adieu de Simone de Beauvoir (SDB) à Nelson Algren, et là c’était sombrement émouvant. Sans affectation. J’ai découvert qu’elle a de l’humour MFP : avant de lire cette lettre où SDB écrit à Nelson que ça y est qu’elle est une vieille femme, qu’il faut savoir quitter la scène — moi, je me demandais quel âge elle pouvait avoir Simone à cette époque-là et si c’était la ménopause qui était en cause — MFP nous a renseignés d’un ton enjoué (je ne mets pas de guillemets parce que ce n’est pas une citation, c’est moi qui traduis : Pensez-vous, elle avait 45 ans Simone quand elle large le Nelson. Et pourquoi elle l’embrouille le chicagoen (vous le savez vous, comment s’appellent les habitants de Chicago ?) oui, la Simone est sur un autre coup. Et il a 28 ans ce coup-là (de mémoire) et c’est Claude Lanzmann.

***

Il n’y avait pas Bertrand Delanoë, ni Anne Hidalgo (la belle Anne). Ils avaient un bon prétexte les politiques pour être absents : un enterrement. Celui de Raymond Forni, en pleine France profonde, Besançon je crois.

***
 
Les commémorations, c’est toujours un peu pathétique. Inutiles et indispensables. Quand même, entendre parler de Simone de Beauvoir, dans le luxe (non-fumeur) de la mairie de Paris a quelque chose de, comment dire : inadéquat ?
 
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La bonne nouvelle c’est que vient d’être créé un prix Simone de Beauvoir. Ce dont se réjouit le fille adoptive de SDB, Sylvie-Le Bon-de-Beauvoir.
Ce qui est étrange c’est la ressemblance — qui me frappe (en douceur) — entre SDB et sa fille. Je me pose bien sûr la question stupide de savoir si c’est volontaire.

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Ah, j’allais oublier Fadela Amara. Seule(e) politique présent(e). Elle est pressée Fadela. Elle nous fait savoir qu’elle n’a pas le temps d’attendre que Marie-France ait fini de lire les lettre de SDB à Nelson. Elle nous assure Fadela qu’elle a eu de la chance de lire SDB, mais qu’elle doit partir. Elle dit tout ce que Ni putes ni soumises doit à Simone de Beauvoir mais qu’elle doit partir, qu’elle est désolée.. Elle ajoute qu’elle se réjouit que la culture fasse partie du paysage politique mais qu’il faut qu’elle parte.
Elle part.
Faut pas rêver : les politiques n’ont rien à foutre de la culture. Pour eux, la seule culture, c’est la politique.

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Il y avait beaucoup de femmes pour l’inauguration du colloque Beauvoir (dont un éditeur qui n’est cher va publier les actes au moins de mai 2008). Julia, toujours aussi belle, et si pâle sous ses immenses lunettes aux verres à moitié noirs — un ange, cette femme, si légère, et cet accent, ténu qui me remue jusqu’au fond de l’âme — Julia me dit que je vais recevoir une cassette audio de la contribution que Philippe a donnée dans l’après-midi. Vous rendez-vous compte : mon Sollers dans les oreilles, parce que figurez-vous que je ne vais laisser à personne le soin de retranscrire ce qu’il a dit le Philou. (Quoi ? Qui me dit qu’il est dépressif Philippe ? Qu’il boit son bordeaux, et paf, à 21 heures au lit ! Qui ose dire une chose pareille ?)
Mais la plus belle voyez-vous, c’est sans doute Dominique Desanti (je ne vous dirai pas son âge), minuscule, arquée sur sa canne, si minuscule que dans ce geste irréfléchi — un baise-main quoi — je me casse le dos. Adorable vieille dame qui me dit combien son Jean-Toussaint était un homme adorable — Jean-Toussaint dont je me souviens du regard pétillant — et qui ne se prétendait pas féministe lui : il l’était !

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Champagne et amuse-gueules.
Je vais de Marie-France Piser à Marie-Christine Marsaguet, de Julia à Karin, d’une belle inconnue à Pascale Fautrier, d’Antoine Spire (mon vieux complice) à Frédéric Vignale (mon récent complice).

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Tout cela est vrai. Il y avait deux Dvcam pour ce film réalisé par Pierre Seguin (qu’un éditeur qui m’est cher va coproduire avec Saraband films).

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Ah (mais non, je n’allais pas oublier), pour finir ce clin d’œil de Rost (R.O.S.T)… Et puis, non, je suis claqué, ce sera pour demain…
 

 

06/01/2008

T'as un beau cul tu sais !

a2afbbc6665912aa9e3cca02737f1dc8.jpgC’est le centenaire de sa naissance, en cette année 2008, à Simone de Beauvoir.
Il y a cette photo de «Simone la scandaleuse» que m’a envoyée une bloggeuse : Simone dans une salle de bains, nue, de dos.
Superbe.
Qu’elle pût être bandante Simone, voilà qui m’avait échappé. Et je le regrette. J’en étais resté à ce que disait Camus (Camus, qu’elle aurait, paraît-il, bien aimé se faire SDB — Simone de Beauvoir, pas salle de bains), et que disait Camus de SDB : «Un réveil dans un frigidaire.» Bah, j’en doute moi, maintenant.
J’ai quelque part une lettre manuscrite de SDB. J’ai le souvenir d’une écriture vieillotte, tremblotante. Et elle n’y va pas par quatre chemins pour me dire ce qu’elle en pense de ce manuscrit que je lui ai soumis. En substance : «C’est nul, ça ne m’étonne pas que les éditeurs le refusent.»
Paf. C’est cette femme nue, de dos, avec des fesses très hautes, bien tentantes pour une sodo qui m’a traité de nul. Pas grave, Simone, plus ça va plus je t’aime. Et pourtant, tu sais, ils m’en ont dit du mal de toi. Même mon vieil ami Francis qui a écrit un livre sur toi te règle ton compte. Pour lui tu étais une immense oreille, tu aurais voulu tout enregistrer de ce qui se disait, tout le temps. Il a une dent contre toi mon vieil ami : tu l’as viré. Vous ne vous êtes jamais revus. Il avait dit, Francis, à un journaliste de «France Soir» que Sartre devenait aveugle.
Simone, t’es un peu faux cul (faux, mais beau, ton cul, Simone) parce que, hein, dans La cérémonie des adieux tu te prives peut-être de raconter la décrépitude physique du JPS (JPS, tiens, j’ai fumé ça dans le temps) !
« T’as un beau cul tu sais ? »