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05/05/2009

Portrait de femme

Il y a longtemps que je n’avais pas lu la revue La Règle du jeu. J’ai même pensé qu’elle n’existait plus. Or, c’est sa dix-neuvième année, n°40.
Afin d’encourager à quitter ici cette lecture celles et ceux qui lui sont hostiles, je rappelle qu’il s’agit de la revue de Bernard-Henri Lévy.
Au revoir.

Bien, puisque nous voilà entre nous, entre gens de bonne volonté, c’est d’un extrait (déjà court)d’un portrait que je voudrais qu’il soit question. Portrait de femme. Une de ces femmes probablement insupportables pour beaucoup mais dont la présence parmi les humains est une lumière qui foudroie qui n’a pas (ou pas encore) ce supplément d’âme qui fait toute la différence.

Voici, BHL évoque Isabelle, sa première épouse :

Elle était la dernière femme surréaliste, la petite cousine de Nancy Cunard, ou de Denise Lévy, ou de Gala, la femme de Dali. C’était une femme de cette trempe-là. On l’aurait dite sortie d’un cadre de Man Ray. Un personnage à la fois lumineux et tourmenté, d’une extrême beauté, fantasque, irrégulière, ne se reconnaissant aucune loi, aucun maître, considérant qu’elle faisait partie des êtres qui avaient le droit de définir leur propre morale et de n’être jugés que par rapport à elle, refusant donc absolument le jugement de la société et prenant, à ce titre, des risques terribles qui lui ont coûté d’ailleurs très cher, se mettant dans un péril total, vraiment total.
Voilà.
J’ai rencontré peu de femmes aussi belles, aussi fantasques, aussi courageuses qu’Isabelle Doutreluigne - et aussi décidées à prendre le risque d’une liberté qui l’a conduite, hélas, au désastre.


Sans doute n’avait-il pas encore, à l’époque, BHL, ce supplément d’âme qui aurait pu empêcher le désastre. Les hommes mettent beaucoup tellement plus longtemps que les femmes à comprendre le sens de leur vie.

J’en sais quelque chose.

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15/10/2008

DEB | BHL-Houellebecq : Ennemis publics

ACTE I

Commençons par le commencement.
De quoi s'agit-il ? D'une correspondance entre deux écrivains. Deux écrivains majeurs. Mais vivants. Mais « dérangeants ». Nous ne sommes pas, là, dans la littérature qui se prête à toutes les cuistreries propres à agrémenter les dîners en ville. BHL-Houellbecq : fallait y penser. Et fallait oser. Ils l'ont fait. Ils ont, au moins reconnaissons-leur cela, ils ont du courage.
Couple improbable ? Justement. Il fallait ces deux-là : détestés et tout autant encensés. Cibles idéales pour la meute.
Mais, c'est que ça s'engage pour le pire et le meilleur une affaire comme ça. Pour le pire surtout : publié sous X, le livre, d'emblée, s'il suscite la fébrilité, la curiosité, génère la jalousie. La meute est jalo use sans le savoir. La meute est dépressionniste, comme Houellebecq, la meute est idéaliste, comme BHL . La meute a, pour le prix d'un, ses deux cibles favorites. Deux cibles aux antipodes l'une de l'autre. BHL et Houellebecq, rien à voir. Rien de rien. J'entends déjà dire : « Justement, c'est du marketing. Réunir le jour et la nuit en un seul produit, c'est génial coco ! » Du deux-en-un. Ceux-là, ceux de ce discours, parions qu'ils n'ouvriront pas le livre, qu'ils se contenteront de commenter les commentaires, comme d'habitude, dirais-je.
Livre schizophrène ? Pas tant que cela.
Ainsi, page 81, BHL : « Nous sommes tous plus ou moins guidés par une étoile n'est-ce pas ? Eh bien, il y a les mauvaises étoiles, celles que les Latins appelaient les « sidera » et qui ont pour propriété de vous attirer vers le fond, le gouffre, l'abîme de vous-même [...]. Et il y a les bonnes, celles qu'ils appelaient les « astra », les astres, et qui, elles, au contraire, vous font lever la tête, regarder vers le ciel et, d'abord, le ciel des idées...»

Alors, vous, vous êtes plutôt sidera ou plutôt astra ?

 

ACTE II


Je vais donc le lire trois fois, ce livre : d'abord la partie BHL, puis la partie Houellebecq, et enfin, dans sa continuité. Comme si, après avoir écouté l'un et l'autre séparément je les mettais face à face. Il doit être dit, que je ferai fi, une fois pour toutes, dans cette chronique des ricanements sournois qu'elle ne manquera pas de provoquer.

Je le lis donc, patiemment, attentivement ce livre, Ennemis publics (Flammarion-Grasset éditeurs) que j'ai attendu dans une belle fébrilité dès que j'ai su son existence.

Au fond, me dis-je, plutôt qu'une « critique » une fois pour toutes de ce livre, pourquoi ne serait-il pas un thème récurrent où je pourrais m'inscrire. Pourquoi ne serait-il pas le fil rouge de plusieurs posts ? Au risque de lasser mes lecteurs ce dont, je l'avoue ici, je ne fais pas tant de cas que cela.

C'est qu'il y a deux aspects du monde avec ce livre-là. Pas si antagonistes que ça, pas autant de connivence que ça non non plus. Il y a beau temps que le manichéisme n'est plus pour moi qu'un exercice de style, une commodité souvent, surtout lorsqu'il s'agit de politique. En gros : on est à droite ou on est à gauche. Le milieu ? Ce juste milieu qu'invoquent les imbéciles ou les gens très sages ne me passionne guère. Mais cela peut faire un prix Nobel de littérature à l'occasion.

Ainsi pourrait-on imaginer, d'un côté l'optimisme (et je vous prie de croire que je sais comme il peut être volontaire), de l'autre le pessimisme (et je sais aussi comme il peut être forcé), ce qui pourrait satisfaire tout le monde.

Où Houellebecq évoque ses problèmes d'eczéma, BHL raconte ceux de Cocteau. D'aucuns diront : ça a une autre gueule, non ! Sous-entendu : Cocteau, quand même, c'est d'un autre niveau que Houellebecq, non ? Tout cela pour fustiger la pseudo mégalomanie de BHL et louer la simplicité d'un Houellebecq.

Deux faces du monde, disais-je, et qui n'en finissent pas de s'opposer et de se rapprocher. Houellebecq inclinerait pour une détestation des hommes et de l'humanité en général et ne lui verrait pas beaucoup de chances de succès tandis que BHL s'écrirait : pas du tout, il suffit de relever la tête et de regarder les idées qui sont au-dessus de nous.

Le Cocteau désormais célébré, n'a-t-il pas été détesté au point qu'il y avait toujours quelqu'un, lors d'une projection d'un des ses films, qui voulait lui casser la gueule.

Au moins y a-t-il une certaine justice : BHL, Houellebecq sont haïs. Ils le savent. Cette justice du pire, je ne la cite que pour en souligner le ridicule. Y en a-t-il qui haïssent les deux ? Lequel souffre le plus de la critique, de l'ignominie dont on les accable ? Il semblerait de ce soit Houellebecq, voire ! Houellebecq qui s'interroge sur cet autre, bien servi lui aussi par la vindicte, Sollers : « Sous le Philippe Sollers social, existe-t-il encore un Philippe Sollers réel ? »

La question ne vaut-elle pas pour toutes celles et tous ceux qui ont un peu de pouvoir, de notoriété et qui, injure suprême, se permettent d'être singuliers ? Au palmarès des insultés, n'oubliez pas Ségolène Royal je vous prie.

Dès la première page du livre, Houellebecq annonce la couleur. Il sait que les critiques sont des gens pressés qui lisent les livres en diagonale, cherchent l'angle d'attaque et à coiffer les autres critiques au poteau. Il leur complique alors la besogne par ce portrait de lui-même que la rumeur a dressé. Ainsi, les plumitifs que nous sommes vont-ils devoir chercher d'autres adjectifs. Mais les pistes sont là : « Nihilste, réactionnaire, cynique, raciste et misogyne honteux. »

Voilà, les leçons de Sollers ont porté : inclure dans son livre sa propre critique. « Anarchiste de droite ? Beauf ? « Auteur plat n'ayant accédé à la notoriété que par suite d'une invraisemblable faute de goût... »

Cette introduction, n'en doutons pas deviendra d'anthologie. En deux pages sont réunies les critiques les plus assassines.

En voulez-vous sur BHL ?

Voici (si j'ose dire), sous la plume de Houellebecq : « Spécialiste des coups foireux et des pantalonnades médiatiques [...]. Intime des puissants, baignant depuis l'enfance dans une richesse obscène, vous êtes emblématique de ce que certains magazines un peu bas de gamme comme Marianne continuent d'appeler la " gauche-caviar " [...]. Philosophe sans pensée, mais non sans relations, vous êtes en outre l'auteur du film le plus ridicule de l'histoire du cinéma. »

Il pourrait conclure, mais au contraire, c'est par là qu'il commence (puisque ce sont les toutes premières lignes) : « Tout, comme on dit, nous sépare à l'exception d'un point, fondamental : nous sommes l'un comme l'autre des individus assez méprisables

Ce à quoi, BHL, réplique par Cocteau, Pound, Camus, Baudelaire...

Le liste serait longue.

Mais suffit ! BHL ne se vautre pas dans l'autodénigrement. Cela fait partie du secret, son secret.

La haine, Houellebecq y revient lui. Il digère moins bien sans doute, et je peux comprendre ça. La haine dont il a été et dont il est toujours l'objet il ne veut pas tout de suite l'évacuer. C'est qu'il en connait la sale gueule, comme tout le monde, mais lui, il a de la mémoire. « Souvent, lorsque vous étiez mentionné dans la conversation, j'ai vu apparaître un vilain rictus que je connais bien, un rictus de joie basse et commune à l'idée de quelqu'un que l'on va pouvoir insulter sans risques. »

 

ACTE III | De la difficulté d'être au monde.

L'enfance nous a tous conviés à des scènes de lynchages plus ou moins violentes mais néamoins, symboliquement, bel et bien réelles. Houellebecq ne revendique aucun courage. Il n'a jamais défendu les victimes, avoue-t-il, et il ajoute qu'il n'a « jamais éprouvé le désir de rejoindre la camp des bourreaux ». En cela « nous n'avons rien de l'animal de meute » ; « Je me suis contenté dans mon enfance, lorsque j'étais confronté à ces scènes pénibles, de détourner le regard en me réjouissant d'avoir été épargné, pour cette fois. »
Cela ne peut-il s'appeler du doux nom de lâcheté ?

Car oui, c'est bien de cela qu'il s'agit, « quand on est témoin, on est impliqué » a à peu près écrit, ou dit Sartre. Et, puisque c'est moi qui écris ici, pourquoi me priverais-je de parler de moi dans la perspective d'une interrogation sur la lâcheté ?

Ai-je assisté à des scènes de « lynchage » lorsque j'étais enfant ? Il me semble que non. Il me semble car, qui me dit que mon inconscient n'a pas, sagement, entreposé ça hors de ma portée ? Consciemment donc, nul souvenir de cet ordre. Mais il me semble qu'on s'est beaucoup moqué de moi. Sans pour autant avoir été objet de sévices corporels. Mais, j'étais quelque peu moqué, oui. Tout bêtement à cause de mes cheveux. « Magnifiques », s'exclamaient les adultes, et les femmes (car les hommes répugnent aux compliments, sauf s'ils y ont intérêt, c'est bien connu) ; frisés mes cheveux, très. « Crépus » décrétaient d'autres (les hommes cette fois). « Le nègre », entendais-je parfois en cour de récréation. Aussi, pendant longtemps, ai-je souhaité des cheveux bien raides, bien plats, bien ordinaires. J'ai été le nègre, enfant, et le « rapatrié », adolescent, quand l'Algérie a commencé à se vider des ses pieds-noirs qui, dès leur arrivée étaient accusés de profiter de largesses gaulliennes. Mais si, mais, il m'en souvient.
Plus tard, bien plus tard, à propos d'Algérie, quand je rencontrerai celui qui, précisément aura contribué à son indépendance, nous évoquerons cet effarement d'être dont il va être question, et que je veux, sous peine de tomber dans le souvenir d'enfance artificiel, décrire au plus près de sa vérité existentielle.
C'est que je me tenais à l'écart du monde, tout simplement. Tout cela ne me concernait nullement, c'est le moins que l'on puisse dire. Je n'étais pas au monde tant il me paraissait absurde, tant le fait d'être là était absolument inapréhendable.
Alors, leurs chahuts, leurs disputes, leurs joies, leurs bandes et toutes ces choses qui remplissent les les livres et les films sur les souvenirs d'enfance : très peu pour moi. Il y avait là, me semblait-il quelque chose d'intrinsèquement tragique. Je ne pouvais que repérer les « victimes ». Elles seuls, ces pauvres petites choses hébétées, tout comme moi, les morveux au vrai sens du terme, croûteux, mal fagotés, repoussés par les autres, ceux de la vie au premier degré, ceux-là seuls, pour moi, étaient de quelque réalité.
Ces déshérités, ces vilains petits canards étaient mes copains, mes frères d'imposture. Les autres, fils de pharmacien, de boucher, de médecin ne me concernaient pas. Tous, sauf un : parce qu'il était américain.

Mes potes, les idiots, ceux du fond de la classe, les cancres, les chialeurs étaient miens. Fils de ferrailleur, de paysans, de misère, ou je ne sais quoi encore, oui, ceux-là j'avais quelque chose en commun avec eux. Mais quoi, hormis cette inadéquation au monde. Car je n'étais pas pauvre, je n'étais pas mal foutu, pas morveux, propre sur moi. Nous étions, eux et moi, d'une autre planète, et je me doutais bien qu'elle s'appelait néant, et qu'il faudrait y retourner. À quoi bon être là si ce n'est pas pour y rester. Qu'est-ce que c'était que ce surgissement de nulle part vers nulle part ?
Les victimes, souvent sont seules, et leur isolement les rend encore plus vulnérables, fragiles. Deux victimes ensemble c'est déjà un groupe, le commencement de quelque chose.
Cela devient sans doute de moins en moins évident, mais il s'agit toujours ici du livre Ennemis publics de Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy...
Le lecteur ne réécrit-il pas le livre qu'il lit ou a lu ?
Je reste un lecteur.

DEB

24/08/2008

Impasse 69

DEB | Impasse 69

Qu’un intellectuel déchaîne encore les passions me réjouit.

Un seul, à ma connaissance, en ces temps nullissimes, est encore capable de cela.

Rien que pour ça, chapeau !

Là, de quoi s’agit-il ?

« 1,5 km 500, mon général ! »

Pute borgne, je m’en tape sur les cuisses.

C’est les mecs de Rue 89…

Tu connais Rue89 ?

Oui, j’aime bien Rue89.

C’est des mecs du « Canard » Rue89, tu le sais ?

Oui, je sais.

Et alors, raconte…

Ben, BHL est allé en Géorgie…

Jusqu’à Gori.

Et là, ils disent les mecs de Rue89 que BHL s’est arrêté à 1,5 km du centre de Gori…
Donc : les mecs de Rue89, devant leur écran, ils disent « BHL n’est pas allé à Gori... »

Moi, quand je vais voir Antoine à Ivry, je dis :  « Je vais voir Antoine à Paris. »

Donc, tu es un menteur.
Mais BHL lui, écrit : « « Nous arrivons à Gori. Nous ne sommes pas au centre-ville. Mais, du point où Lomaia nous a laissés avant de repartir, seul, dans l’Audi, récupérer ses blessés… »

Je ne vois pas le problème.

Moi non plus.
Commentaire de Rue89 : « Problème : BHL n’est jamais “arrivé à Gori “, et les Russes n’ont pas ” brûlé” la ville. »

Que veux-tu, ils sont précis.

Attends. Je te cite le mec de Rue89 : « Vers 22h30, dans la nuit noire, BHL est de retour au premier barrage où attend la presse. Il sort du véhicule, le visage grave, et avec sa voix de Malraux, il témoigne devant les journalistes… »

Tu as bien lu : sa voix de Malraux.
Tu l’as entendu BHL, tu trouves qu’il a une voix de Malraux ?

C’est Cohen qui a signé l’article ?
Eh ben, non, et ça m’étonne.
Alors, t’en penses quoi ?

Que les mecs de Rue89, sur ce coup-là, c’est plutôt Impasse 69…