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01/05/2009

La pensée sorcière

Je me débats avec le dernier livre de Régis Debray en ce moment, Le Moment Fraternité. Je me demandais pourquoi quelque chose coinçait, pourquoi j’avais l’impression d’avoir lu dix fois, cent fois ce qu’il énonce. Je me suis demandé aussi pourquoi je m’ennuyais de Deleuze, de Barthes, de Bourdieu. Alors, alors, j’ai trouvé cette réponse sur un blog  :

“Pour Deleuze, écrire c’est donc s’installer sur des lignes «minoritaires» afin d’inventer de l’inédit. La meilleure manière d’entrer dans sa démarche, ce serait donc de lire le livre magnifique que, avec Guattari une fois de plus, il a consacré à Kafka (Kafka. Pour une littérature mineure, Minuit, 1975). Tout grand écrivain, nous disent-ils, est nécessairement un «homme politique», car il fait « bégayer la langue », fabrique une langue «mineure» dans la langue «majeure» et annonce ainsi de nouvelles perspectives jusqu’alors inaperçues : «L’écrivain est une montre qui avance. 

C’est la même idée qu’on retrouve dans les entretiens qu’il donnera à la parution de son Foucault (Minuit, 1986): penser, c’est se situer sur une «ligne de sorcière », c’est-à-dire apercevoir de nouvelles possibilités de vie, imaginer de nouveaux modes de subjectivation, individuels ou collectifs, et se préoccuper de les faire advenir.
Si Deleuze remarque que les grands philosophes ont souvent une santé fragile, c’est pour préciser aussitôt que c’est cette faiblesse même qui leur donne leur aptitude à insuffler une «grande santé» dans la pensée. Et si les mots «faible», «mineur», «minoritaire» font paradoxalement partie des mots-clés de sa philosophie «vitaliste», c’est parce qu’ils ne signifient rien d’autre pour lui que «vie», «création» et «nouveauté».

Etre «minoritaire », c’est vouloir « libérer la vie là où elle est emprisonnée».

(Blog de Didier Eribon,  La pensée sorcière)

 

Que voulez-vous : s’installer sur des lignes « minoritaires » afin d’inventer de l’inédit, voilà qui me parle. Faire « bégayer la langue » ça me parle. Ceci encore : Penser, c’est se situer sur une «ligne de sorcière», c’est-à-dire apercevoir de nouvelles possibilités de vie, imaginer de nouveaux modes de subjectivation, individuels ou collectifs, et se préoccuper de les faire advenir.

Si penser c’est ça, alors je pense.

Et voyez-vous, j’ai comme l’impression que penser, le bouquin de Debray, ça va pas le faire…