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12/07/2012

DEB | Au clair de la lampe

lampe 2011-08-07_23.JPGTenter de sauver un peu de ce qui s'écrit au cœur noir et nauséeux de la nuit est un leurre. J'y succombe pourtant ici. J'y éprouve une sorte de dégoût. Les mots ne sont pas ceux que je veux. L'absolu des mots, l'exacte vérité, c'est le silence. Il faudrait que je m'y résigne. Mais si je fais cela je devine ce qui m'attend. Je ne suis pas de « substance » comme diraient des philosophes : je n'ai aucune certitude, je n'ai que des culpabilités qui parfois me laissent un peu respirer. J'appelle cela bonheur : quand je n'ai plus peur ; quand le vide existentiel se fait passager clandestin. J'ai besoin de preuves de ma vie, c'est un aveu d'impuissance que je fais là. Sans preuves je suis comme un navigateur qui voudrait refaire ses voyages. Pourtant, il sait que les bars où il faisait escale sont devenus des agences bancaires, que les femmes qu'il a aimées un temps n'ont plus de pensées que pour leurs petits-enfants et le temps de cuisson des gâteaux qu'ils aiment. J'en suis a envier ces petites préoccupations moi qui suis en délicatesses avec la solitude. J'assiste, parfois avec une complaisance morbide aux dégradations du corps que je hante : du sang là où l'attend le moins ; des douleurs qui fulgurent en pleine poitrine ; des suffocations qui arrachent au sommeil comme on remonte du fond de l'eau. Quand on entre en complicité avec la mort, alors cela doit s'appeler, je crois, le désespoir.

Mais, je n'en sais rien après tout. Je ne sais presque rien nommer de ce qui me concerne. C'est à peine si je reconnais la fatigue. Elle symbolise tout. C'est mon signal d'alarme, mon étalonnage d'être. Je reconnais le désespoir à ma fatigue. Pour le reste, je doute de tout : de mes joies ; de mes peines ; de mes amitiés ; de tout en somme.

28/05/2009

Lettre inachevée

 

C’est un fragment de lettre, jamais envoyée, sans doute à un ami qui n’existe même pas.

lettres.jpgC’est bien. Tu es toujours aux rendez-vous. Je m’aperçois de ça : tu as toujours répondu présent. Cette fois encore. Au moins tu es sûr que je te lirai. Tu vas pouvoir manier tes paradoxes en toute quiétude, et moi, naturellement je vais les relever, un à un. Ce sera ma manière d’exister là-dedans - puisque je n’ai pas moi, comme ça, au débotté, tes obsessions. Je n’ai pas beaucoup d’obsessions du reste, pas de grands thèmes comme toi : les femmes, l’homosexualité, les parents, la littérature, etc. En regard je me sens même plutôt défavorisé.

Hors contexte je n’ai pas grand chose à proposer ; je serais plutôt dans le faire, dans l’acte, pas dans ce nombrilisme où tu t’attardes. Tout renvoie aux mêmes vieux problèmes chez toi, un peu comme s’il ne se passait rien vraiment, comme si tu n’en finissais pas de vivre les mêmes situations. Tu n’as pas non plus de mémoire, que des saynètes à l’improviste, toujours bâties sur le même mode.

Dénonçant tout cela, tu comprends n’est-ce pas que je me situe, moi, à l’opposé ? Ta contingence t’amuse toujours, et je m’étonne, vois-tu, que tu t’en contentes si facilement. C’est, ou ce n’est pas : les deux à la fois c’est ce qui fait le monde clos, l’absence de réalité qui t’accable. Il y a dans cela une sorte de philosophie à la Hegel qui a conduit le pauvre vieux à considérer que l’histoire était finie, que la philosophie avait tout mis à plat, qu’il ne se passerait plus rien : sauf que Hegel est mort et qu’on ne le lit plus.

Il y a dans cette posture en même temps qu’un sentiment de toute puissance une impression d’inanité totale que tu connais bien non ! A tel point que tu ne vois pas la différence entre les autres et toi : tu penses être toi et les autres en même temps. Quelle absurdité ! Tu t’imagines que tu connais toutes les ficelles et que tu es un grand manipulateur devant l’Éternel. Comment peux-tu encore croire ces foutaises ?Pourtant tu existes, tu es même, parfois, intensément présent, mais ça ne dure jamais. Comme si tu étais pris de vertige.

Sartre disait que la subjectivité des autres « l’encombrait », qu’il la refusait parce qu’il ne savait pas quoi en faire. Moi, je la sollicite, c’est toute la différence, et c’est énorme. Moi je n’aime que la subjectivité chez les gens. Là où ça bafouille, là où ça tremble, là où rien n’est encore figé. Je crois que je sais faire quelque chose de ça.

Sartre est très con parfois.